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esquisse des symboles de la justice par Léon Bonnet

Le secours des symboles de la Justice

17 Sep 2021 | L'art et l'actu

Rien de personnel, ce sont les mots qu’ont subis les victimes des attentats du 13 novembre. Dans le bunker aménagé pour le procès, rescapés, proches et témoins n’ont même pas eu le secours des symboles pour supporter les mots de Salah Abdeslam prononcés le 15 septembre, 6ème jour du procès. S’ils lèvent les yeux, c’est le vide. Ils ne peuvent qu’imaginer la Justice éclairant la Vérité et protégeant l’Innocence.

Sous la protection de la Justice

L’imposante première chambre de la Cour d’Appel de Paris a jusqu’alors abrité les plus graves procès de la République ordonnés par des cours spéciales. Comme le procès du Maréchal Pétain en 1945 ou le procès du Putsch d’Alger en 1961. Dans cette salle inaugurée en 1892, Léon Bonnat (1833-1922) réalise en 1901 un grand médaillon allégorique rappellant à tous la mission de Justice. Nous sommes nombreux à espèrer ne jamais entrer dans ce lieu, mais les esquisses de la fresque de Bonnat sont visibles dans plusieurs musées dont celui de sa ville natale Bayonne (réouverture en 2024). Altière, lumineuse, la Justice y domine, pourtant Bonnat a choisi de ne pas lui associer ses symboles antiques.

le plafond de la première chambre de la cour d'appel de paris
« La justice éclairée par la vérité, pourchasse le crime et protège l’innocence, tandis que tombe le masque de l’hypocrisie ». Léon Bonnat 1901

Thémis, la titanide

Notre monde a vite eu besoin de justice. Au tréfonds de la mythologie grecque, Gaïa la terre, Ouranos le ciel, donnent naissance à 6 fils et 6 filles, les titans et les titanides. Ils ne sont pas tous brillants, ils n’auront pas tous un destin, mais Thémis se distingue. Elle devient déesse de la Justice. Nous sommes une génération avant les dieux de l’Olympe, Zeus n’est même pas né que les Grecs ressentent déjà le besoin de confier à une divinité le soin de trancher les conflits de ce monde. Par la suite, Thémis aura quelques assistantes : des sopranes du barreau pour traiter de points de droit dans les lois (Eunomie), verdicts (Tyché), châtiments (Némésis), application des peines (Dicé). C’est à peu près les missions que la déesse concède à ce tribunal 100% féminin. Et en guise de robe, Thémis porte des symboles.

la balance, symbole de justice
Allégorie de la Justice – 1656 – Bernardino Mei – Nationalmuseum Stockholm.

L’équilibre

Le premier des accessoires allégoriques de Thémis, le plus connu, est une balance. Mais attention ! A l’équilibre. Le plateau de la Justice en effet ne penche pas. Si dans beaucoup de religions, au seuil de la mort, on pèse l’âme pour envoyer le défunt dans un paradis ou un enfer selon l’inclinaison du fléau, ici c’est bien la décision de Justice qui est symbolisée. Cette décision est le fruit de la stabilisation du plateau. Moult peintres et dessinateurs ne respectent pas la procédure, avec une balance par trop déséquilibrée…

le symbole du voile masquant les yeux de la justice
Justitia, Virgilius Solis, 1524 – 1562, Rijksmuseum Amsterdam.

L’équité

Thémis formule sa décision après l’écoute attentive et impartiale des parties, plaignants et accusés. Pour être certaine de ne pas se laisser influencer par les apparences, elle porte un bandeau qui lui voile les yeux. En fait, c’est un accessoire qu’elle aurait volé à son assistante Tyché, mais le crime est prescrit depuis longtemps. Signe de cette incertitude quant à la vraie propriétaire, ce n’est pas le symbole qu’on lui prête le plus souvent.

le symbole du glaive de justice
Le glaive, l’un des symboles de la Justice. Allégorie de la Justice (v 1500) – Eglise San Donato – via Google Arts and Culture.

La force

En revanche, jamais Thémis ne se départ de son arme. Elle porte un glaive, à deux tranchants. Le glaive lutte contre l’injustice, tranche en faveur de l’un ou de l’autre, et met toute sa force dans l’application des décisions.

Le glaive de la Justice n’a pas de fourreau.

Cette phrase du philosophe Joseph de Maistre montre l’incessant combat de la Justice pour réparer les errements humains. Son biographe attribue à Mustapha Kemal, père de la Turquie moderne, une autre citation…

Le glaive de la Justice frappe parfois les innocents, mais le glaive de l’Histoire frappe toujours les faibles.

Pour la Justice et pour l’Histoire, que le bras de Thémis, dans cette impersonnelle salle de procès, soit fort.

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